Il y a quelque chose qui m’intrigue depuis quelque temps.
Dans mon quartier, dès le matin, le silence disparaît rapidement.
Il y a cette mobylette dont le pot d’échappement fait un bruit impressionnant et qui dérange le sommeil de tout le monde.
Puis viennent certaines voitures modifiées qui semblent, elles aussi, vouloir se faire entendre de très loin comme le feraient les monster trucks.
En été, cela continue jusque tard dans la soirée.
À cela s’ajoutent les tondeuses, les débroussailleuses des voisins, la musique dans les restaurants, la radio dans les magasins…
Comme si le silence avait de plus en plus de mal à trouver sa place.
Puis je me suis mis à remarquer autre chose.
Certaines personnes parlent presque sans interruption.
Elles enchaînent les sujets, les anecdotes, les idées, sans laisser beaucoup d’espace entre les mots.
Et je me suis demandé :
Pourquoi avons-nous autant besoin de faire du bruit ?
Ou peut-être que la vraie question est différente.
Pourquoi avons-nous peur du silence ?
Cette question m’a ramené plusieurs années en arrière.
À une époque où je vivais seul.
En rentrant chez moi, j’allumais presque toujours la télévision.
Je ne la regardais pas vraiment.
Elle restait allumée comme un simple bruit de fond.
Lorsque je suis arrivé au Québec, une expression m’avait d’ailleurs surpris.
Cela me faisait sourire.
On dit souvent : « Icite, j’écoute la TV. »
Alors qu’en France, on dit : « Je regarde la télé. »
Au début, je ne comprenais pas cette façon de le dire.
Puis j’ai réalisé que, bien souvent, la télévision n’était pas vraiment regardée.
Elle remplissait simplement la maison d’une présence sonore.
Et je me suis aperçu que je faisais exactement la même chose.
Je me demande aujourd’hui si ce n’était pas le silence qui me mettait mal à l’aise.
Je n’en suis pas certain.
Pourtant, cette idée revient régulièrement me visiter.
Pourquoi le silence semble-t-il parfois si inconfortable ?
Peut-être que notre époque nous a habitués à vivre entourés de sons.
Peut-être que le bruit est devenu notre état normal, au point que le silence nous paraît étrange.
Ou peut-être est-ce tout autre chose.
Je me demande parfois si le silence ne nous oblige pas simplement à ralentir dans un monde où tout est en accélération.
Et lorsque tout ralentit, peut-être que certaines questions que nous évitons d’habitude recommencent à apparaître.
Je me demande aussi pourquoi certaines personnes semblent avoir tant besoin de parler.
Est-ce simplement le plaisir de partager ?
Une manière de créer du lien ?
Ou bien le silence devient-il parfois si inconfortable que les mots viennent naturellement le remplir ?
Je me pose des questions.
Je ne fais qu’observer.
Plus j’y réfléchis, plus je me demande si notre rapport au silence dit peut-être quelque chose de notre rapport à nous-mêmes.
Mais là encore, je n’ai pas la réponse.
Je ne fais qu’accumuler des questions, avec l’impression qu’elles ouvrent peut-être une porte vers quelque chose que je ne vois pas encore.
Et vous…
Quand avez-vous passé, pour la dernière fois, quelques minutes dans un véritable silence ?
Que ressentez-vous lorsqu’il n’y a plus de musique, plus de télévision, plus de notifications et plus personne à qui parler ?
Le silence est-il, pour vous, un vide à remplir… ou un espace qui aurait peut-être quelque chose à vous dire ?

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