Ce qui ne peut être capturé

Une personne avance sur un chemin de montagne enveloppé de brume.

Avoir confiance en l’inconnu

Avoir confiance en l’inconnu explore ce qui se transforme lorsque nous cessons peu à peu de vouloir tout comprendre, tout prévoir ou tout retenir.

L’extrait qui suit est tiré du chapitre « Quand la confiance revient… autrement ». Il ouvre une fenêtre sur l’un des mouvements les plus intimes du livre.

Extrait de Avoir confiance en l’inconnu, à paraître.

Le paradoxe

À force de chercher pendant des années, quelque chose s’est éclairé en moi, comme un écho venu de loin.
Un souvenir presque oublié.
Celui d’un principe que j’avais étudié des années plus tôt, lorsque j’étais étudiant… le principe d’incertitude de Werner Heisenberg.

À l’époque, c’était de la physique quantique, des équations, un concept abstrait.

Ce principe dit simplement qu’on ne peut pas tout saisir en même temps : pour une particule ou un électron — on peut connaître sa position, mais pas sa vitesse avec précision, et inversement.

En d’autres termes, plus on cherche à tout fixer avec précision, plus autre chose nous échappe.
Et là, en moi… ce n’était plus une idée.
Je reconnaissais ce paradoxe dans ma propre expérience intérieure.

Comme si la réalité elle-même refusait d’être entièrement capturée.

Et c’était ce que je vivais avec ce que j’appelais autrefois Dieu — un mot chargé, que je n’utilise plus vraiment — et que je ressens aujourd’hui plutôt comme une présence sans contours, sans définition claire.

Ou peut-être, plus simplement… comme une proximité sans nom.

Plus j’essayais de comprendre cette présence, ce que je vivais… plus cela se dérobait.
Plus je voulais mettre des mots, clarifier… plus tout devenait flou.

Alors, sans vraiment le décider, j’ai commencé à relâcher — un peu, puis davantage —
et presque sans m’en rendre compte, quelque chose s’est inversé.

Plus je laissais ouvert… plus cela se rapprochait.
Plus j’acceptais de ne pas comprendre… plus une forme de clarté apparaissait.
Pas une clarté mentale, mais une présence plus douce, plus silencieuse et plus vivante.

Comme si ce que je cherchais depuis si longtemps ne pouvait pas être saisi…
seulement approché.
Quelque chose de diffus, presque à distance…
comme un brouillard que l’on croit toucher, mais qui glisse entre les doigts.

Frôlé.
Effleuré.
Laissé être.

Ce paradoxe est devenu, peu à peu, ma manière d’habiter la vie.

Ce qui ne peut être capturé

Et peu à peu, ce qui était revenu en moi a cessé d’avoir besoin d’une forme.
Il n’y avait plus rien à défendre, ni même à comprendre.
Seulement quelque chose à vivre.

Pendant longtemps, j’avais pourtant essayé de capturer ce que je ressentais, de le nommer, comme si je pouvais enfin le tenir.
J’avais connu la spiritualité à l’intérieur d’un cadre religieux précis, avec ses mots, ses repères et ses formes. J’avais simplement appris à agir ainsi : en donnant une forme à ce qui, en moi, n’en avait peut-être pas besoin.

Un peu comme on attrape un papillon.
On le capture, on l’épingle, on le place dans un cadre.
Et ensuite, on l’observe.

Tout est là, sauf le mouvement.

On décrit ses couleurs, ses formes, ses nuances ; on compare, on classe, on écrit, jusqu’à constituer peu à peu toute une collection.
Des papillons alignés, cloués, exposés.

Mais ce que l’on regarde alors, ce n’est plus le papillon vivant.
C’est une image arrêtée de lui, comme une photographie.
Ce que je ressentais de l’intérieur n’était pas cela.

Cette présence est vivante, comme un papillon lorsqu’il virevolte encore.

Lorsqu’il nous échappe.
Lorsqu’il change de direction.
Lorsqu’il ne peut pas être prédit.

Un être libre, profondément insaisissable.
Un mouvement.
Une présence qui est là, mais qui ne se laisse pas retenir.

On ne peut pas l’attraper ni la fixer et, dès qu’on essaie, elle semble se dérober, comme dans le paradoxe d’Heisenberg.

Mais si l’on reste là, sans chercher à la retenir…
Alors parfois, elle se pose — non pas pour être capturée, mais simplement pour être ressentie — puis elle repart… et revient autrement.
Ce qui est vivant ne demande pas à être compris.
Il demande seulement à être rencontré.

Et vous… avez-vous déjà ressenti quelque chose que vous ne saviez pas vraiment nommer ?

Une présence.
Une confiance.
Le sentiment, peut-être, que quelque chose vous dépasse.

Et si vous pouviez simplement laisser… le papillon voler ?

Une proximité sans nom

Et au fond… ce qui reste, ce n’est pas une réponse.
C’est juste… une proximité.

Quelque chose que je ne sais toujours pas vraiment nommer.
Comme un souffle chaud que l’on ne voit pas, mais que l’on ressent.

Une présence diffuse qui vient doucement réchauffer le cœur.

Et ce qui est troublant, c’est qu’elle ne dépend pas de nous.

Je ne peux pas décider quand elle vient.
Parfois, elle s’approche par un glissement silencieux, presque imperceptible.
D’autres fois, elle surgit plus soudainement, comme une évidence qui ne prévient pas.

Et puis… elle repart.
Sans prévenir.
Sans logique.

J’ai appris à ne plus la retenir, à ne plus la défendre, à ne plus chercher à la comprendre.
Seulement à être là.
Présent.

À la regarder simplement lorsqu’elle se présente, et à laisser naître une joie douce mêlée d’émerveillement.

Ce moment est fragile, vivant… et toujours libre.

Et peut-être que c’est cela, au fond,
se tenir au bord de quelque chose… sans vouloir le posséder,
s’en approcher… sans chercher à le saisir.

Et laisser cette proximité exister… sans jamais chercher à en faire le tour.
Rien de plus.

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