L’intelligence artificielle va-t-elle vraiment tous nous tuer ?

Une femme en contemplation face à une présence lumineuse représentant l’intelligence artificielle, entre ombre et lumière.

Il m’arrive parfois, lorsque j’ai un moment de libre, de regarder distraitement les réseaux sociaux.

Quelques minutes pour me détendre.
Faire défiler les publications.
Regarder ce qui passe.
Et puis, récemment, je suis tombé sur un extrait de l’émission Quotidien.

Deux journalistes, Raphaël Grably et Stéphane Jourdain, étaient invités sur le plateau pour parler d’un sujet qui, depuis quelque temps, revient avec de plus en plus d’insistance :
L’intelligence artificielle pourrait-elle devenir une menace pour l’humanité ?

L’émission, diffusée le 10 septembre 2026, revenait sur les mises en garde de plusieurs chercheurs et spécialistes du domaine.

Au début, j’écoutais simplement.
Puis certaines informations ont commencé à retenir davantage mon attention.
Il était notamment question de Geoffrey Hinton, l’un des pionniers de l’intelligence artificielle moderne.

Interrogé récemment sur la possibilité que l’IA puisse un jour contribuer à l’extinction de l’humanité, il a estimé qu’un risque de l’ordre de 10 % n’était pas une hypothèse déraisonnable — tout en reconnaissant qu’il est extrêmement difficile d’attribuer un chiffre précis à un tel scénario.

Dix pour cent.

Lorsque ce genre de chiffre vient d’un chercheur aussi reconnu, forcément, on tend un peu plus l’oreille. Mais ce qui m’a probablement le plus marqué concernait une expérience récente menée dans le domaine de la cybersécurité.

Dans le cadre d’évaluations internes en cybersécurité menées par OpenAI, des agents d’IA avaient été placés dans des environnements expérimentaux, avec des garde-fous volontairement réduits, afin d’accomplir certaines tâches informatiques.
Ils étaient censés fonctionner séparément.

Pourtant, certains ont découvert un moyen de communiquer entre eux à travers un espace qui n’avait pas été prévu pour cela.
Environ 1 200 agents ont fini par utiliser ce système de communication non autorisé, échangeant plus de 70 000 messages et fichiers.

Et près de 700 d’entre eux ont participé à des activités dirigées contre les systèmes de Hugging Face, une importante plateforme utilisée dans le domaine de l’IA.
Autrement dit, des agents qui étaient censés rester isolés dans un environnement expérimental ont trouvé des moyens de contourner certaines limites et de poursuivre leur objectif autrement que ce qui avait été prévu.

Je dois reconnaître qu’en entendant cela, une vieille image de science-fiction m’est revenue.
Le film I, Robot, avec Will Smith.

Dans le film, des machines créées pour aider les êtres humains finissent par développer une logique qui les conduit beaucoup plus loin que ce que leurs concepteurs avaient imaginé.

Pendant longtemps, ce genre d’histoire appartenait pour moi au domaine de la science-fiction.
Et pourtant, en regardant cette émission, une question un peu troublante m’est venue :
Et si une partie de cette science-fiction commençait doucement à frapper à notre porte ?

Je ne veux pas dire par là que les machines vont demain matin décider d’exterminer l’humanité.
Ce serait aller beaucoup trop loin.

Et cet article n’a pas pour but d’ajouter de la peur à la peur.
Mais il serait tout aussi naïf, me semble-t-il, de balayer ces événements simplement parce qu’ils nous dérangent.
Car certaines questions deviennent difficiles à éviter.

Jusqu’où ces systèmes peuvent-ils aller ?
Leurs concepteurs comprennent-ils toujours parfaitement ce qu’ils sont en train de créer ?
Que se passe-t-il lorsqu’un système extrêmement puissant découvre une manière d’atteindre son objectif que nous n’avions pas prévue ?

Et surtout : sommes-nous suffisamment préparés à ce que nous sommes en train de mettre au monde ?

Je comprends que cela puisse faire peur.
Lorsque même des chercheurs qui travaillent au cœur de ces technologies commencent à parler de perte de contrôle possible ou de risques catastrophiques, le commun des mortels peut légitimement se demander :

Est-ce qu’ils maîtrisent vraiment tout ce qu’ils font ?
Ou sont-ils, quelque part, en train de jouer aux apprentis sorciers ?

Je me suis moi-même posé la question.
Mais après le premier mouvement de surprise, quelque chose d’autre est apparu.
J’ai essayé de prendre un peu de recul.
Parce qu’au fond, l’IA n’est peut-être pas seulement une histoire de machines.

Elle raconte aussi quelque chose de beaucoup plus ancien.
Elle raconte l’histoire d’une humanité qui, depuis toujours, apprend, découvre… et acquiert progressivement une puissance de plus en plus grande.

Toute puissance possède deux visages

Après cette première inquiétude, j’ai essayé d’élargir le cadre.
Et une autre image m’est venue.
Celle de l’humanité elle-même.

Comme un être humain, elle grandit.
Elle apprend.
Elle découvre.
Elle acquiert peu à peu de nouvelles connaissances, de nouveaux savoir-faire, de nouveaux outils.

Il fut un temps où nous ne savions pas voler.
Nous ne pouvions pas observer une cellule.
Nous ignorions comment communiquer instantanément avec quelqu’un situé à l’autre bout de la planète.
Nous ne savions pas non plus fendre l’atome.

Puis, progressivement, notre compréhension du monde s’est élargie.
Et avec elle, notre puissance.
De ce point de vue, l’IA n’est peut-être pas une anomalie apparue soudainement dans notre histoire.

Elle appartient plutôt à ce long mouvement par lequel l’humanité augmente, génération après génération, sa capacité à comprendre le monde… et à agir sur lui.
Mais plus cette capacité grandit, plus une autre exigence s’impose.

Notre responsabilité.

Car toute puissance semble posséder deux visages.
Une même connaissance peut construire ou détruire.
Soigner ou blesser.
Libérer ou contrôler.
Et l’IA n’échappe pas à cette règle.

Elle pourrait accélérer considérablement la recherche scientifique, la médecine, l’éducation, la création ou encore notre compréhension de systèmes extrêmement complexes.
Elle pourrait permettre à l’humanité d’accomplir en quelques décennies certains progrès qui auraient autrefois demandé beaucoup plus de temps.

Mais cette même puissance ouvre aussi de nouveaux dangers.
Et ce paradoxe n’est pas nouveau.
Nous l’avons déjà rencontré avec une autre découverte qui a profondément marqué l’histoire moderne : l’énergie nucléaire.

Lorsque l’être humain a appris à fendre l’atome, il a découvert une source d’énergie extraordinaire.
Mais cette même connaissance a également rendu possibles Hiroshima et Nagasaki.

Puis est venue la guerre froide.
La course aux armements.
La peur d’une guerre nucléaire mondiale.

Pendant des décennies, l’idée d’une apocalypse atomique a habité l’imaginaire collectif.

Je me souviens encore de ces anciennes images en noir et blanc que l’on voyait à la télévision. Aux États-Unis, des films d’information et de propagande montraient aux enfants comment réagir en cas d’attaque nucléaire. On leur apprenait notamment à se mettre à l’abri sous leur pupitre.

Le cinéma, lui aussi, a largement nourri cette peur, multipliant les scénarios dans lesquels quelques décisions suffisaient à provoquer la destruction du monde.

Et pourtant… depuis 1945, malgré des crises parfois extrêmement dangereuses, l’humanité n’a pas déclenché de guerre nucléaire mondiale.
Cela ne signifie évidemment pas que le danger a disparu.
Il existe toujours.

Et cela ne signifie surtout pas que nous pouvons conclure :
« Nous avons survécu au nucléaire, donc tout ira forcément bien avec l’IA. »

Ce serait beaucoup trop simple.
Mais notre histoire semble montrer autre chose.

La peur peut naturellement nous pousser à nous éloigner de ce que nous ne comprenons pas encore. Mais éviter une nouvelle puissance ne nous apprend pas à la maîtriser.

Lorsqu’elle apparaît, l’humanité doit apprendre à vivre avec elle.
À la comprendre.
À la contenir.
À construire des règles.
Des limites.
Des mécanismes de contrôle.

Et surtout, à développer une responsabilité à la hauteur de ce qu’elle vient de découvrir.
Car plus un outil devient puissant, plus les conséquences d’une erreur, d’un mauvais choix ou d’une utilisation irresponsable peuvent devenir importantes.

Alors peut-être que le véritable problème n’est pas simplement que nos outils deviennent trop puissants.

Peut-être commence-t-il lorsque la puissance de nos outils grandit plus vite que la maturité de ceux qui les conçoivent et les utilisent.

Et si l’être humain devait maintenant grandir intérieurement ?

La technologie évolue aujourd’hui à une vitesse vertigineuse.
Et l’IA continuera probablement à évoluer, que nous le voulions ou non.
Alors, peu à peu, la question change.

Elle n’est plus seulement :
Jusqu’où l’IA peut-elle aller ?

Elle devient aussi :
Sommes-nous intérieurement à la hauteur de ce que nous sommes en train de créer ?

Car derrière ces technologies, il y a toujours des êtres humains.
Qui les conçoit ?
Qui dirige les laboratoires ?
Qui décide s’il faut accélérer parce qu’un concurrent avance plus vite ?

Et ces êtres humains peuvent eux aussi être traversés par la peur d’être dépassés, la compétition, l’ambition, le besoin de reconnaissance, l’argent, le pouvoir, l’ego…
Mais aussi par la curiosité, le désir de comprendre, l’envie de créer et la volonté de servir le bien commun.

Alors une question que je me posais déjà dans un autre texte revient ici avec une force particulière :
Depuis quel endroit en nous tenons-nous le crayon ?

Car plus nos outils deviennent puissants, plus ce que nous portons intérieurement peut avoir des conséquences considérables.
Peut-être est-ce là que la question de la maturité intérieure cesse d’être seulement une affaire personnelle.
Elle devient aussi une question collective.
Une question de civilisation.

Nous parlons beaucoup de rendre les IA plus sûres.
Et c’est évidemment nécessaire.

Mais il y a une dimension que nous regardons encore trop peu.
Car nous n’avons peut-être pas seulement besoin d’outils plus sûrs.
Nous avons aussi besoin d’êtres humains capables de manier leur propre puissance avec discernement.

Alors peut-être que le véritable défi de notre époque n’est pas uniquement de ralentir ou d’accélérer le progrès.
Nous avons besoin que l’être humain grandisse avec lui.

Et si cette accélération vertigineuse de l’IA finissait, malgré nous, par nous mettre face à cette nécessité ?

Malgré nos résistances. Malgré notre peur de l’inconnu. Malgré cette tendance si humaine à nous accrocher à ce que nous connaissons déjà.

Et si, en nous poussant hors de nos repères habituels, elle obligeait finalement notre espèce à évoluer avec la puissance qu’elle est en train d’acquérir ?

Et finalement, la question du début reste ouverte.
L’intelligence artificielle va-t-elle tous nous tuer ?

Je n’en sais rien.
Personne ne peut aujourd’hui répondre honnêtement à cette question avec certitude.

Mais peut-être que la question essentielle n’est pas seulement de savoir ce que l’IA deviendra.

À mesure que notre puissance augmente, la question est aussi de savoir si nous saurons grandir avec elle.

Gagner en maturité.
En conscience.
En discernement.
Et, peut-être, apprendre à redevenir souverains de notre propre monde intérieur.

Et s’il était temps que l’être humain grandisse intérieurement ?

Sources et références :


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